Fuites urinaires à l’effort : comprendre l’incontinence urinaire d’effort et la rééducation du périnée
Perinea & Sport · 23 octobre 2026
L’essentiel
L’incontinence urinaire d’effort, ce sont des fuites d’urine qui surviennent lors d’un effort (une toux, un rire, un éternuement, un saut, une charge portée), sans envie d’uriner juste avant. Elle touche des femmes, à tout âge, et des hommes, notamment après une opération de la prostate ; elle existe aussi chez l’enfant. Les fuites ont souvent plusieurs causes à la fois. Un traitement est possible : la rééducation du périnée en est le premier, avec un kinésithérapeute, ou une sage-femme après un accouchement ; chez l’homme opéré de la prostate, son apport est moins établi. Parlez-en à votre médecin dès les premières fuites.
Qu’est-ce que l’incontinence urinaire d’effort ?
L’incontinence urinaire est une perte involontaire d’urine. Dans sa forme d’effort, la fuite survient à l’occasion d’un effort, sans avoir été précédée d’une envie d’uriner : en marchant, en changeant de position, en sautant, en portant une charge, ou lors d’un effort minime comme une toux, un rire ou un éternuement, selon l’Assurance Maladie (nouvel onglet) [1]. Les fuites se font par petits jets, de quelques gouttes à plusieurs millilitres ; elles surviennent d’abord lors d’efforts intenses, puis lors d’efforts moindres [2].
On distingue trois formes : l’incontinence d’effort ; l’incontinence par urgenturie, où la fuite suit une envie pressante, difficile à retenir ; et l’incontinence mixte, qui associe les deux. L’incontinence d’effort représente 40 % des cas, et la forme mixte, qui comporte aussi des fuites à l’effort, 50 % [1]. Bien les distinguer compte : le traitement tient compte du type d’incontinence [3]. Il ne faut pas les confondre non plus avec les fuites au goutte-à-goutte d’une vessie trop pleine, qui se vide mal [1].
Chez la femme, l’hypothèse du hamac
Le périnée, ou plancher pelvien, est un ensemble de muscles et de tissus de soutien qui ferment le bassin par le bas et soutiennent l’urètre, le canal par lequel s’écoule l’urine [1]. Chez la femme, l’urètre repose sur une couche de soutien faite de tissus et de la paroi du vagin, attachée de chaque côté aux muscles du bassin. Lors d’un effort, la pression qui monte dans le ventre plaque l’urètre contre ce soutien, comme sur un hamac, ce qui contribue à le garder fermé. C’est l’hypothèse du hamac, proposée en 1994 par John DeLancey, de l’université du Michigan, à partir d’études anatomiques [4].
Pourquoi ça fuit ?
Lors d’un effort, la pression monte dans le ventre et pousse sur la vessie. Pour que l’urine ne s’échappe pas, l’urètre doit rester fermé plus fort que cette poussée ; la fuite survient quand ce n’est plus le cas [5]. Chez la femme, deux mécanismes principaux sont décrits, et ils peuvent coexister : un défaut de soutien, quand l’urètre est moins bien tenu et bouge trop à l’effort ; et une insuffisance du sphincter, le muscle qui entoure l’urètre et le ferme [5].
Le hamac n’explique donc pas tout. Dans une étude de 2008 qui comparait 103 femmes ayant des fuites à l’effort et 108 femmes sans fuites, l’équipe de John DeLancey a trouvé que la capacité de l’urètre à rester fermé était plus fortement liée aux fuites que son soutien [6]. Chez la femme, les fuites ont le plus souvent plusieurs causes à la fois : le système de la continence sait compenser une faiblesse, et ce sont souvent plusieurs atteintes qui finissent par le dépasser, comme les accouchements, l’âge, la ménopause, le surpoids, une toux chronique, un exercice physique intense ou le tabac [5].
Le périnée ne travaille pas seulement quand on le serre
Des études de laboratoire menées en Australie par Ruth Sapsford et Paul Hodges, sur de petits groupes, ont montré que le périnée se contracte aussi de lui-même : avec les muscles du ventre [7], juste avant un mouvement rapide du bras et au rythme de la respiration [8]. Chez des femmes qui avaient des fuites à l’effort, cette contraction automatique survenait plus tard, mais avec plus d’amplitude, que chez des femmes sans fuites, lors de mouvements rapides du bras [9]. La rééducation ne se limite d’ailleurs pas à « serrer » : elle apprend aussi à contracter le périnée juste avant et pendant l’effort [10].
Qui est concerné ?
Les femmes. Les fuites à l’effort sont fréquentes après une grossesse ou un accouchement difficile, et peuvent accompagner une descente d’organe (prolapsus). La ménopause, le surpoids, une constipation ou une toux chroniques les favorisent aussi [1]. Elles existent aussi chez des femmes qui n’ont pas eu d’enfant, adolescentes comprises [1], [11], notamment chez les sportives : dans une synthèse récente de 32 études menées chez des sportives de 18 à 45 ans, la fréquence des fuites ne différait pas de façon significative selon le sport pratiqué, mais elle augmentait avec le nombre d’heures d’entraînement par semaine [12].
Les hommes. Chez l’homme, les fuites à l’effort surviennent notamment après une opération de la prostate [1]. Les mécanismes de la continence n’y sont pas les mêmes que chez la femme, et l’équipe de Paul Hodges souligne que la rééducation de l’homme doit en tenir compte [13]. L’hypothèse du hamac, qui fait intervenir la paroi du vagin, ne concerne que la femme [4]. Chez la femme comme chez l’homme, les fuites peuvent suivre une chirurgie de l’abdomen ou du petit bassin, et certains médicaments peuvent les favoriser : signalez à votre médecin les traitements que vous prenez [1].
Les enfants. Chez l’enfant, les fuites à l’effort existent ; confirmées par les examens, elles sont moins fréquentes que chez la femme adulte, selon la Société internationale de continence de l’enfant [14]. Les fuites de jour de l’enfant prennent plusieurs formes, qui ne se traitent pas de la même façon : elles demandent d’abord un diagnostic, auprès de votre médecin ou du pédiatre [14], [15].
La prise en charge en kinésithérapie, étape par étape
La rééducation du périnée est le traitement initial de l’incontinence urinaire d’effort ; elle est réalisée par un kinésithérapeute, ou par une sage-femme après un accouchement, selon l’Assurance Maladie (nouvel onglet) [3]. Chez la femme, le Collège national des gynécologues et obstétriciens français recommande lui aussi de commencer le traitement par le renforcement du périnée [16]. En France, A. P. Bourcier a décrit dans les années 1990 ces traitements sans chirurgie : exercices du périnée, biofeedback, conseils de vie, électrostimulation, puis un entretien des acquis pour limiter la rechute [17]. Chez la femme, dans quatre essais réunis par une revue systématique (165 femmes atteintes d’incontinence d’effort), 56 % des femmes rééduquées se disaient guéries à la fin du traitement, contre 6 % sans traitement actif [18].
- Le bilan. Nous faisons le point sur vos fuites (quand, combien, dans quelles circonstances), vos antécédents, vos traitements et vos objectifs, puis nous examinons la contraction de votre périnée. Si votre médecin vous a proposé, pour le diagnostic, de noter vos mictions pendant deux ou trois jours [2], apportez ce calendrier : il nous aide aussi à mesurer le point de départ.
- Apprendre à contracter son périnée. Avant de renforcer, il faut trouver le bon geste : prendre conscience des muscles du périnée, les contracter puis les relâcher ; chez la femme, le praticien guide cette prise de conscience par un toucher vaginal [3]. Ce n’est pas si simple : dans une étude de 47 femmes, après une simple explication orale, à peine une sur deux faisait la bonne contraction, et une sur quatre un geste qui pouvait favoriser les fuites [19]. Dans un second temps, le biofeedback peut aider : chez la femme, une sonde vaginale reliée à un signal sonore ou visuel montre la contraction et le relâchement [3] ; le cabinet en est équipé.
- Renforcer, et contracter au bon moment. Les exercices travaillent la contraction et le relâchement des muscles du périnée, pour les rendre plus toniques ; nous vous donnons aussi des conseils de posture et de vie quotidienne [3]. Pour la chercheuse norvégienne Kari Bø, deux explications de l’effet du renforcement étaient appuyées par des études en 2004 : on apprend à contracter le périnée juste avant et pendant l’effort, et on rend ses muscles plus volumineux, donc plus soutenants [10] ; la façon exacte dont il agit reste mal connue [5]. Dans un essai mené auprès de 107 femmes, des exercices du périnée encadrés chaque semaine, en groupe, par des kinésithérapeutes ont fait mieux que l’électrostimulation et les cônes vaginaux, sur la force du muscle comme sur les fuites mesurées [20].
- Le travail chez vous et les conseils de vie. Entre les séances, vous poursuivez les exercices appris : la rééducation demande votre participation pour donner de bons résultats [3]. Corriger ce qui favorise les fuites en fait partie : perdre du poids si besoin, éviter la constipation, arrêter le tabac [3]. Dans un essai mené chez des femmes en surpoids ou obèses qui avaient des fuites fréquentes, un programme de perte de poids (8 % du poids en moyenne) a réduit le nombre de fuites de 47 % en six mois, contre 28 % dans le groupe témoin ; l’écart portait sur les fuites à l’effort [21].
- Les points d’étape. Nous faisons le point régulièrement sur vos fuites et ajustons le programme ; sa durée se décide au bilan et dépend de vos progrès. Si les fuites persistent malgré une rééducation bien conduite, votre médecin peut vous orienter vers d’autres traitements, dont la chirurgie, décidée en équipe ; selon l’Assurance Maladie (nouvel onglet), aucun médicament n’est efficace dans l’incontinence urinaire d’effort [3].
Les études mesurent surtout les résultats dans l’année qui suit le traitement : on connaît moins bien leur durée [18].
Les questions des patients
Comment soigner l’incontinence d’effort ?
Le premier traitement est la rééducation du périnée, associée à la correction de ce qui favorise les fuites, comme le surpoids ou la constipation [3]. Chez la femme, dans les essais, les femmes rééduquées se disent guéries ou améliorées bien plus souvent que sans traitement [18] ; chez l’homme après une opération de la prostate, son apport propre reste incertain [22]. Si elle ne suffit pas, d’autres traitements existent, dont votre médecin vous parlera [3].
Quels sont les trois types d’incontinence urinaire ?
L’incontinence d’effort (la fuite survient pendant un effort), l’incontinence par urgenturie (elle suit une envie pressante et difficile à retenir) et l’incontinence mixte, qui associe les deux [1].
Les exercices faits seul suffisent-ils ?
Dans une étude, après une simple consigne orale, à peine une femme sur deux faisait la bonne contraction, et une sur quatre un geste qui pouvait favoriser les fuites [19]. Mieux vaut apprendre la bonne contraction avec un professionnel, puis poursuivre chez soi les exercices appris [3].
Combien de temps dure la rééducation ?
Elle varie d’une personne à l’autre : la durée se fixe au bilan et s’ajuste à vos progrès, lors de points réguliers.
Après un accouchement : quand commencer ?
La rééducation du périnée se décide lors de la consultation postnatale : c’est le médecin ou la sage-femme qui la propose, selon les recommandations de l’ANAES, aujourd’hui Haute Autorité de santé (nouvel onglet) [23]. Les fuites apparues pendant la grossesse disparaissent le plus souvent d’elles-mêmes après l’accouchement [1] ; si elles persistent, signalez-les lors de cette consultation.
Et chez l’homme ?
Après une opération de la prostate, les fuites sont fréquentes [1] et diminuent souvent avec le temps, quelle que soit la prise en charge [22]. La rééducation du périnée fait partie des traitements proposés sans chirurgie, mais les études ne permettent pas encore de dire si elle apporte un bénéfice au-delà de cette amélioration naturelle [22]. Le bilan permet d’en parler avec vous.
Faut-il arrêter le sport ?
Pas forcément : un exercice physique régulier reste essentiel pour la santé [24]. Les sports qui sollicitent le périnée de façon répétée ou par à-coups peuvent révéler une fragilité ; l’Assurance Maladie (nouvel onglet) conseille de demander à son médecin quels sports sont adaptés [24]. La rééducation tient compte de votre pratique.
Quand consulter
Parlez-en à votre médecin traitant dès les premières fuites : il en recherche la cause, évalue leur retentissement et coordonne la prise en charge, avec le kinésithérapeute quand une rééducation est indiquée [2], [3]. Beaucoup de personnes n’osent pas en parler ; pourtant, un traitement est possible et efficace, rappelle l’Assurance Maladie (nouvel onglet) [2].
Signalez-lui en particulier des fuites précédées d’une envie pressante, qui relèvent d’un autre mécanisme, ou des fuites au goutte-à-goutte [1] ; il peut aussi faire analyser vos urines pour rechercher une infection [2]. Pour un enfant qui a des fuites dans la journée, parlez-en à son médecin ou au pédiatre [14], [15].
En cas de sciatique, consultez votre médecin traitant en urgence si elle s’accompagne de fuites urinaires ou d’une difficulté à uriner, d’une paralysie ou d’une baisse de force de la jambe, d’une perte de sensibilité du périnée ou d’une perte du contrôle des selles, comme l’indique l’Assurance Maladie (nouvel onglet) [25].
Pour la rééducation, nous vous accueillons au cabinet : la première séance commence par le bilan.
Les sources
25 références
- Assurance Maladie, « Incontinence urinaire : mécanisme, fréquence et causes », ameli.fr, 10 avril 2026. ameli.fr (nouvel onglet)
- Assurance Maladie, « Symptômes et diagnostic de l’incontinence urinaire », ameli.fr, 12 janvier 2026. ameli.fr (nouvel onglet)
- Assurance Maladie, « Traitement de l’incontinence urinaire », ameli.fr, 19 février 2026. ameli.fr (nouvel onglet)
- DeLancey JO, « Structural support of the urethra as it relates to stress urinary incontinence: the hammock hypothesis », American Journal of Obstetrics and Gynecology, 1994. doi.org (nouvel onglet)
- Falah-Hassani K et al., « The pathophysiology of stress urinary incontinence: a systematic review and meta-analysis », International Urogynecology Journal, 2021. doi.org (nouvel onglet)
- DeLancey JO et al., « Stress urinary incontinence: relative importance of urethral support and urethral closure pressure », The Journal of Urology, 2008. doi.org (nouvel onglet)
- Sapsford RR, Hodges PW, « Contraction of the pelvic floor muscles during abdominal maneuvers », Archives of Physical Medicine and Rehabilitation, 2001. doi.org (nouvel onglet)
- Hodges PW, Sapsford R, Pengel LH, « Postural and respiratory functions of the pelvic floor muscles », Neurourology and Urodynamics, 2007. doi.org (nouvel onglet)
- Smith MD, Coppieters MW, Hodges PW, « Postural activity of the pelvic floor muscles is delayed during rapid arm movements in women with stress urinary incontinence », International Urogynecology Journal, 2007. doi.org (nouvel onglet)
- Bø K, « Pelvic floor muscle training is effective in treatment of female stress urinary incontinence, but how does it work? », International Urogynecology Journal, 2004. doi.org (nouvel onglet)
- Almousa S, Bandin van Loon A, « The prevalence of urinary incontinence in nulliparous adolescent and middle-aged women and the associated risk factors: A systematic review », Maturitas, 2018. doi.org (nouvel onglet)
- Domínguez-Pérez N et al., « Urinary Incontinence in Women Athletes: Umbrella Review and Meta-analysis of Sport-Related Factors », Sports Medicine, 2026. doi.org (nouvel onglet)
- Hodges PW et al., « Reconsideration of pelvic floor muscle training to prevent and treat incontinence after radical prostatectomy », Urologic Oncology, 2020. doi.org (nouvel onglet)
- Austin PF et al., « The standardization of terminology of lower urinary tract function in children and adolescents: Update report from the standardization committee of the International Children’s Continence Society », Neurourology and Urodynamics, 2016. doi.org (nouvel onglet)
- Nieuwhof-Leppink AJ et al., « Daytime urinary incontinence in children and adolescents », The Lancet Child & Adolescent Health, 2019. doi.org (nouvel onglet)
- Fritel X et al., « Diagnosis and management of adult female stress urinary incontinence: guidelines for clinical practice from the French College of Gynaecologists and Obstetricians », European Journal of Obstetrics & Gynecology and Reproductive Biology, 2010. doi.org (nouvel onglet)
- Bourcier AP, Juras JC, « Nonsurgical therapy for stress incontinence », Urologic Clinics of North America, 1995. doi.org (nouvel onglet)
- Dumoulin C, Cacciari LP, Hay-Smith EJC, « Pelvic floor muscle training versus no treatment, or inactive control treatments, for urinary incontinence in women », Cochrane Database of Systematic Reviews, 2018. doi.org (nouvel onglet)
- Bump RC et al., « Assessment of Kegel pelvic muscle exercise performance after brief verbal instruction », American Journal of Obstetrics and Gynecology, 1991. doi.org (nouvel onglet)
- Bø K, Talseth T, Holme I, « Single blind, randomised controlled trial of pelvic floor exercises, electrical stimulation, vaginal cones, and no treatment in management of genuine stress incontinence in women », BMJ, 1999. doi.org (nouvel onglet)
- Subak LL et al., « Weight loss to treat urinary incontinence in overweight and obese women », New England Journal of Medicine, 2009. doi.org (nouvel onglet)
- Anderson CA et al., « Conservative management for postprostatectomy urinary incontinence », Cochrane Database of Systematic Reviews, 2015. doi.org (nouvel onglet)
- ANAES (aujourd’hui Haute Autorité de santé), « Rééducation dans le cadre du post-partum », recommandations, décembre 2002. has-sante.fr (nouvel onglet)
- Assurance Maladie, « Prévenir l’incontinence urinaire », ameli.fr, 3 juin 2024. ameli.fr (nouvel onglet)
- Assurance Maladie, « Sciatique : comment être soulagé(e) et quand consulter ? », ameli.fr, 20 mars 2026. ameli.fr (nouvel onglet)
Signé Perinea & Sport. Relu par Léa Bacri, kinésithérapeute DE, kinésithérapie pelvi-périnéologique.
Pour aller plus loin
- Notre page Kinésithérapie pelvi-périnéologique.
- À paraître dans la catégorie Troubles urinaires : l’article principal sur les troubles urinaires (novembre).
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